- Quelques souvenirs des anciens.... - |
*La rue Jacques Vacher reliant la rue du Serment du Jeu de Paume à la rue du
Monteil,connaissait autrefois une vie ouvrière assez intense. On trouvait dans cette rue
de nombreuses entreprises. Au numéro 24 de cette rue Vacher débute une impasse sans nom
ou il y avait et où il y a toujours le seul immeuble d'habitation.Dans cette impasse, on
vivait dans des conditions de vie rudimentaires.
"Sur deux étages, il y avait vingt huit logements de deux pièces, une chambre et
une cuisine, où habitaient des familles parfois très nombreuses. Certains logis étaient
joliment aménagés; d'autres, en revanche, étaient d'une saleté repoussante... Les
logements n'avaient pas l'eau courante. Les gens allaient puiser l'eau à la fontaine, en
bas, qui coulait en permanence afin que l'eau ne gèle pas. Il y avait aussi deux W.C.
communs, à l'extérieur, mais ils étaient tellement sales que les gens préféraient
utiliser un seau hygiénique, ou, en été, les toilettes du petit jardin dont ils
disposaient, à l'arrière de l'immeuble".
"A l'époque, on se chauffait au charbon. Les gens allaient en chaparder sur le
crassier de la rue Vacher, malgré la présence d'un garde armé. Ensuite, ils vidaient
leurs cendres dans la rue. Les poules grattaient dans le tas. Régulièrement, le
propriétaire venait l'enlever avec un camion. En raison du manque de confort, il ne
réclamait pas de loyer, si bien que personne ne savait jamais par qui les appartements
étaient occupés..."
*Les cafés étaient fréquentés par des mineurs, des ouvriers et des cheminots, car les
cités SNCF se trouvaient tout près, rue Auguste Isaac. Comme les entreprises n'avaient
pas de bureaux, les patrons venaient faire leur paperasse sur les tables du bistrot. A la
fin des années 1940, la chopine de vin coûtait 65 centimes, le même prix qu'un paquet
de Gauloises. Au café, on vendait des cigarettes au détail. 70% des clients payaient à
crédit. Ils règlaient au mois, quand ils touchaient leur paye. Les ouvriers buvaient
beaucoup. A l'époque, dans ce milieu, il n'y avait qu'une seule drogue: le gros rouge!
*Les anciens ont gardé du quartier de leur jeunesse le souvenir d'un lieu où
règnait la bonne ambiance et le respect. "L'impasse résonnait en permanence de cris
en espagnol, en polonais, en italien. Il y avait toujours de l'ambiance. Parfois les
hommes se battaient aux poings, mais le lendemain, ils buvaient de nouveau ensemble. Les
relations étaient basées sur un grand respect d'autrui".
*Il y avait une épicerie espagnole au 81 rue du Soleil (aujourd'hui rue Louis Soulié).
On se rendait chez l'Espagnol pour s'approvisionner en charcuteries ou en patisseries du
pays. C'est là aussi que les Espagnols fraîchement immigrés venaient chercher des
conseils en arrivant à Saint Etienne. Tous les anciens gardent du quartier d'excellents
souvenirs. Le Soleil était un quartier cosmopolite: Français, Italiens, Espagnols,
Polonais, Marocains y vivaient dans la bonne entente et la fraternité. A l'époque on
parlait de"colonies": au 45 de la rue du Monteil, c'était la colonie marocaine,
au 71 de la rue du Soleil, la colonie polonaise, à Méons, la colonie espagnole. Il y
avait aussi beaucoup de Protestants au Soleil, venus d'Ardèche ou de Haute Loire. La
Communauté se retrouvait au Temple, à la Fraternité, les gamins chez les louveteaux.
*Donc,diverses cultures se côtoyaient au Soleil et pourtant le racisme y était absent.
Bien sûr, il y avait parfois des accrochages mais le lendemain, on se retrouvait au
bistrot et la querelle était oubliée. Le soir, tout le monde mangeait la soupe sur le
trottoir, on chantait jusque tard dans la nuit. C'était une ambiance formidable. Tous
étaient solidaires. Les commerçants par exemple, faisaient du co-voiturage pour aller
s'approvisionner au marché de la place Chavanelle".
*Le plan du quartier, avant la guerre, a été reconstitué. On remarque qu'il y avait
beaucoup de commerces au "Soleil". Avant la guerre, il y avait beaucoup de monde
dans le quartier. Dès 13H.30,les rues étaient noires de monde. Les ouvriers des usines
Barroin, des Forges Stéphanoises, de la Verrerie, partaient au travail. En fin d'après
midi, vers 18H. c'était à nouveau la cohue quand les ouvriers sortaient des
usines".
*Pour approvisionner et nourrir toutes ces personnes, les commerces étaient nombreux.
Alimentation surtout mais aussi vaisselle, habillement, cordonniers, chapeliers, etc..
Tout se trouvait au Soleil. Le commerce allait bien car les mineurs étaient des gens qui
consommaient et dépensaient leur paye en totalité qui malheureusement ne suffisait pas
toujours.... Les mineurs buvaient! Il y avait des bistrots à tous les coins de rues! Un
mineur de fond consommait environ quatre ou cinq litres de vin par jour...!"
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